L’antiquité a connu deux grandes écoles d’exégèse et de théologie :
Etudions plus en détail l'exégèse allégorique et plus particulièrement son principal représentant Origène , le plus grand savant chrétien, qui distingue trois sens différents dans l’Ecriture :
Il nécessite une édition critique du texte : c’est ainsi qu’Origène réalisa les Hexaples, une édition de la Bible en six colonnes : texte hébreu, texte hébreu en caractères grecs, quatre versions grecques : LXX, Aquila (traduction littérale), Symmaque (traduction littéraire), Théodotion avec des signes spéciaux indiquant les différences entre les versions. Pour lui, comme pour presque tous les Pères, le texte grec l’emporte sur l’hébreu. En 232 Origène fut forcé de quitter Alexandrie et vint s’installer à Césarée où il constitua une bibliothèque. Jérôme y lira plus tard les Hexaples.
Divers lectures sont proposées à ce niveau allégorique:
Certains épisodes de l’Ancien Testament sont l’anticipation et le symbole (moyen d’expression favorisant le passage du sensible à l’intelligible) de certains actes du Christ et de l’Église è d’où la notion de type et d’antitype:
Le sacrifice d’Isaac annonce celui du Christ alors que le passage de la mer Rouge symbolise le baptême (1 Co 10,1-11) , l’époux et l’épouse du Cantique des Cantiques annoncent les noces du Christ et de son Église
Le Nouveau Testament est le type de l’Évangile éternel qui se réalisera à la fin du monde :les actions du Christ annoncent les temps eschatologiques et sont applicables à chaque chrétien.
Cette exégèse compliquée (exemple dans les puits des Ecritures, Commentaires sur le Notre Père II) ) cherche un sens caché dans tous les détails d’où son caractère parfois arbitraire. Très influent dans l’antiquité bien que contesté, méprisé et rejeté à partir du XVIème siècle, Origènel est redécouvert par certains exégètes récemment. Il faut se rendre compte que cette méthode n’est pas un jeu : elle possède sa cohérence et trouve son unité dans la conviction qu’aucune interprétation ne peut épuiser la parole de Dieu.
Les travaux de Jérôme
Chez les Latins, un grand nom à retenir : celui de Jérôme , le plus savant des Pères latins, le seul vir trilinguis : latin, grec, hébreu.
Chargé par le pape Damase d’une révision des textes latins de la Bible (Vetus latina) , il entrepris son travail , appelé la Vulgate en plusieurs étapes :
- à Rome, la traduction des quatre évangiles
- à Bethléem, celle du psautier et des livres de sagesse sur le grec hexaplaire établi par Origène.
- Sous l’influence des traductions juives d’Aquila et de Symmaque, il donne une traduction basée directement sur l’hébreu de tous l’Ancien Testament y compris les œuvres déjà traduites mais pas les Deutérocanonique (sauf Tobie et Judith) .
- Un disciple (Rufin ? ) traduit le Nouveau Testament selon les mêmes principes.
Trois remarques sur le travail de Saint Jérôme:
- Théorie de l’hebraica veritas, à la différence de presque tous les Pères , en autre de Saint Augustin. Si Jérôme est renommé comme savant, son travail fut peu utilisé.
- Ses traductions manquent d’unité : parfois proches de l’hébreu comme Aquila, parfois plus éloignés, elles respectent aussi la langue des LXX.
- Son utilisation indirecte de sources juives
En exégèse, Jérôme dépend étroitement d’Origène et tend par conséquence vers une interprétation allégorique. Mais progressivement il prit ses distances avec son maître , tout en appréciant sa rigueur philologique : il est donc critique vis à vis de l’allégorie tout en continuant à soutenir l’interprétation en trois niveaux d’Origène. En général il commence par comparer le texte hébreu avec les traductions grecques ( surtout la LXX) puis ajoute une interprétation littérale et allégorique.(Commentaires sur le Notre Père I)
Ces deux hommes furent à la fois des philologues et des exégètes , tout entier adonné à leur travail . Il est caractéristique qu’aucun d’eux ne fut évêque.
Auteur : Fernand LEMOINE
© EBIOR Dernière mise à jour : lundi 23 décembre 2002