L’actualité des Pères de l’Eglise

Introduction 

Les Pères sont nourris de l’ Écriture 

Les Pères ont une vision unifiée du christianisme

Pas de séparation entre la doctrine et la spiritualité, la réflexion et l’engagement 

Les Pères sont œcuméniques 

Conclusion

Introduction

Une constatation préliminaire: les Pères sont actuellement méprisés (" c’est vieux ,c’est dépassé ") ou au mieux  ignorés (" c’est pour les spécialistes, non pour les fidèles ").

Le but de ce petit exposé sera de montrer l’intérêt de la lecture des Pères aujourd’hui , malgré la différence de société entre eux et nous. Elle pourrait nous permettre d’éviter bien des dérives actuelles et de mieux percevoir l’essence du christianisme.

Précisons dès le début que nous n’insisterons pas sur l’aspect historique ou biographique (ceci n’est pas un cours de patrologie ) ni sur les hérésies des premiers siècles , sujet trop technique.

Qu’est-ce qu’un Père de l’Église au sens strict ? Les critères retenus sont les suivants : antiquité, doctrine orthodoxe, sainteté de vie, approbation de l’Église. Les auteurs qui ne répondent pas à ces critères sont appelés simplement auteurs ecclésiastiques . Le titre de Docteur de l’Église ne se limite pas à l’antiquité (exemple récent Thérèse de l'Enfant-Jésus) et reconnaît une autorité particulière dans le domaine de la foi

Les Pères sont nourris de l’ Écriture

L’Ancien Testament est la base de leur catéchèse, de leurs homélies ou de leurs apologies . " Ignorer les Écritures , c’est ignorer le Christ "  (Saint Jérôme ).Le nombre de citations tirées des extraits le montrent à suffisance . Pour un protestant, l’autorité d’un Père est soumise de l’Écriture, notion qu’ils affirmaient déjà. Pour un catholique, ils le stimulent à lire la Bible et l’aide à approfondir sa foi.

Enfin, n'oublions pas que ce sont eux aussi qui ont établi le texte de l'Ecriture , qui l'ont traduit et commenté

Les Pères ont une vision unifiée du christianisme .

Chez eux, toute leur réflexion est centrée sur les deux grands Symboles, celui des apôtres et celui de Nicée. Leur théologie est à la fois

Alors qu’au moyen âge primait l’axe vertical de la théologie, centré principalement sur Dieu et qu’à l’époque moderne prime l’axe horizontal , centré principalement sur l’ homme , chez les Pères les deux axes s’interpénètrent et se complètent.

Un exemple parmi d'autres: l’exigence de justice sociale peut trouver sa justification dans

Pas de séparation entre la doctrine et la spiritualité, la réflexion et l’engagement

Pour Saint Grégoire de Naziance (qui n’est pas seulement le théologien de la Trinité mais aussi le poète) et pour saint Augustin (qui se rend compte que ses analogies entre la Trinité et les trois caractéristiques de l’âme – intelligence, volonté, sensibilité – n’épuisent pas le sujet ) , le mystère de la Trinité n’est pas seulement un objet de foi proposé à notre intelligence, c’est aussi le mystère d’une communion entre les personnes divines .Leur théologie s’appuie d’une part sur la lecture de la Bible et d’autre part sur leur expérience personnelle (Un cheminement vers Dieu) . Ils évitent ainsi une dérive qui apparaîtra au moyen âge et qui persiste aujourd’hui encore : la séparation entre une théologie considérée comme construction rationnelle et intellectuelle , coupée de la sensibilité et de la prière , et une spiritualité considérée comme dévotion sentimentale , surtout vis-à-vis de Marie et des saints , coupée de la doctrine . Si une distinction est nécessaire, la séparation devient néfaste .

De même, les Pères ne connaissent pas de séparation entre leur réflexion comme théologien et leur engagement politique et social comme évêque et pasteur . Mais ici aussi ils feront la distinction entre l’autorité civile et l’Église.

Le Dieu des Pères est fort éloigné des divinités païennes , trop semblables aux hommes, ou de la notion de rapport de forces entre énergies cosmiques . Leur Dieu, notre Dieu, est une personne qui noue des liens avec des hommes, qui a parlé à Abraham, Isaac, Jacob et à qui nous pouvons nous adresser. (Invocation à Dieu)

Cela exige une foi vivante, une foi perpétuellement assaillie par le doute et par l’apparente absence de Dieu . Car Dieu ne se révèle que de manière fugitive et se dérobe sans cesse : c’est l’expérience première et personnelle des Pères , antérieure à leurs discours théologique qui, ils en sont conscients , n’épuise pas le mystère de Dieu. Mais ce discours était nécessaire pour défendre le contenu de la foi contre les déformations et les hérésies. La foi est une vérité objective, extérieure à nous-même : qu’un homme appelé Jésus soit mort et ressuscité en Judée sous Ponce-Pilate ne dépend pas de nous mais de la tradition apostolique . Les Pères ont d’ailleurs du lutter contre d’innombrables sectes gnostiques qui affirmaient posséder la connaissance ultime de Dieu à travers des expériences et des spéculations personnelles.

Une foi jalouse aussi (du grec zelotès, zélée ,impatiente, amoureuse) . Pour les païens, les rapports entre les hommes et les Dieux étaient fondés sur une soumission respectueuse, la reconnaissance d’une loi cosmique impitoyable. " Songe que tu as affaire à un souverain implacable et qui gouverne sans rendre compte à personne (Eschyle) " . Or , depuis le 17ème et le 18ème siècle, nous sommes très influencés par le déisme, le Dieu des philosophes comme Descartes et Voltaire qui devient le grand architecte de l’univers, explication rationnelle suprême.

En conséquence, Jésus devient souvent un délégué aux affaires humaines et spirituelles, un sage parmi d’autres , sous l’œil impitoyable d’un patron indifférent aux hommes . Le plan divin d’intervention dans la vie des hommes (y compris l’Incarnation et la Rédemption) est ainsi rejeté ou même nié. Il y a séparation totale entre un monde humain rationnel (le monde est compréhensible par la raison humaine ) devenu rationaliste (le monde est totalement compréhensible et uniquement par la raison ) , et un monde spirituel, en grande partie nié et réduit à la conscience individuelle .

C’est contre ce faux Dieu qui opprime l’homme que s’élèvent les protestations de notre époque qui redécouvre ainsi le premier attribut de Dieu : l’Amour. Si la lecture des Pères n’avait pas été abandonnée, cette substitution n’aurait sans doute pas eu lieu (L'homme, image de Dieu). Nous redécouvrons ainsi l’action de la bonté de Dieu dans le monde, depuis la création jusqu’ à la parousie en passant par l’Incarnation et la résurrection de Jésus-Christ. Car il s’agit d’une histoire linéaire et non cyclique, d’une histoire du salut qui a un début et une fin . Le sens du temps s’identifie au sens du plan d’amour de Dieu pour sa création et pour l’homme , la plus belle de ses créatures.

Notre époque retrouve aussi la notion de kénose, d’anéantissement de Dieu (Ph 2,5) . Mais à la différence d’une pensée moderne qui y voit souvent une sorte " de mort de Dieu " , les Pères ne séparent jamais le dépouillement du Christ, sa vie et sa mort de sa résurrection glorieuse . Cette kénose s’insère ainsi dans la plan d’amour du Christ qui offre dans le même sacrifice sa divinité et son humanité, sa force et sa faiblesse . En conséquence on peut affirmer qu’on aime vraiment qu’en s’humiliant (au sens d' humilité et non d’humiliation) : il faut se dépouiller de soi pour exister en autrui. Les conséquences sociales et pratiques de cette doctrine sont immenses et immédiates et le lien étroit entre christologie et anthropologie se manifeste à nouveau..

Les Pères sont œcuméniques